Dakaractu-Touba : Serigne Aliou Fall, bonjour! Votre métier tue plus qu'il ne soigne. Est-ce vrai ?
Quoi vous répondre ? S'il n'y avait que de vrais médecins traditionnels compétents et qui ne soignent que les maladies pour lesquelles ils sont compétents, on ne serait guère vu d’un mauvais œil, aujourd'hui. Nous sommes assaillis par des imposteurs, de faux dévots, de mauvais répétiteurs... bref des gens qui n'ont aucune notion des plantes, qui ne savent réciter aucun verset coranique et qui ont des prétentions démesurées, absolument ridicules. Même les prophètes ne pouvaient pas tout faire. Pourquoi, soudainement, devrait-on croire à tout ce qu'on nous dit. Soigner n'est pas un jeu de hasard mais une entreprise qui nécessite une certaine expertise. Soigner requiert de l'expérience et des références.
Dakaractu-Touba : Votre sobriquet de " Faju Ajoo", ne veut-il pas dire que vous aussi, vous soignez tout comme savent le réclamer certains de vos collègues ?
Ce sont justement ces collègues qui disent être en mesure de tout soigner qui nous agacent, qui nous irritent. Personne ne peut tout soigner. La médecine traditionnelle n'est pas de la magie. C'est une science qu'il faut apprendre. On ne vient pas au monde avec des aptitudes médicinales ou médicales. On ne naît pas médecin. On le devient. On doit étudier la médecine. Personnellement, après mes études coraniques, j'ai été obligé de faire mes valises pour aller apprendre et connaître les vertus médicinales des plantes au Burkina Faso, en Guinée, au Nigéria. Et il ne suffit pas de les connaître parce que les patients qui viennent se soigner ont des organismes différents. C'est pourquoi, nous avons décidé de demander à l' État d'agir avant que cela ne soit trop tard. Sinon, on risque de mettre tout le monde dans la même sacoche.
Dakaractu-Touba : Qu'est-ce que l'État peut faire par rapport à ça ?
Protéger la santé des populations incombe exclusivement à l'État. C'est son devoir, à lui, de sévir contre les imposteurs. C'est de la vie des gens qu'il s'agit. Nous donnons des produits liquides à boire, des produits à enduire sur le corps des gens etc... Croyez-vous qu'il est normal de laisser à tout un chacun le loisir de le faire comme bon lui semble ? Moi, non. Je pense qu'il faut encadrer ce métier, organiser des tests de niveau et délivrer des certificats d'exercice. Il faut que le bâton sorte et que le désordre soit estompé.
Dakaractu-Touba : Nous avons entendu un de vos collègues dire hier, lors d'un forum, qu'il peut soigner le Sida...
Cela ne peut pas être vrai. C'est vrai que Dieu a créé des personnes privilégiées qui, par leurs simples prières, peuvent faire des miracles devant certaines maladies. Un élu de Dieu peut tout faire. C'est exceptionnel ce cas de figure. D'ailleurs, sommes-nous toujours de ce temps. Quand quelqu'un te dit qu'il peut soigner le SIDA, dis-lui qu'il a tout faux. Toutefois, il y a de ces maladies que la médecine moderne ne peut pas soigner et que la médecine traditionnelle soigne en deux temps et trois mouvements. Le diabète se soigne, la tension artérielle est facilement régulée, les hémorroïdes facilement éliminables etc... Des médecins ont reconnu cette capacité à la médecine traditionnelle de valablement suppléer la médecine moderne. Mais ceci ne saurait pas être érigé en règle mais en exception. D’ailleurs aujourd'hui, avec les médias, on n'est pas au bout de nos étonnements.
Dakaractu-Touba : Après l'État, vous indexez les médias ? Finalement la presse a bon dos !
Je n'indexe personne. Je vois juste que la presse est en train de jouer un rôle pervers dans la légitimation de ce phénomène de marabouts soigne-tout. C'est à travers les médias qu'ils font leur propagande. Dites-moi que c'est faux si c'est le cas ! C'est vous qui pointez vos caméras sur les premiers venus. Vous avez le devoir moral d’éteindre vos projecteurs si quelqu'un vous dit qu'il soigne tout ou qu'il soigne des maladies comme le Sida. C'est vous qui faites leur promotion. Et puis, ce qui désole le plus c'est le fait que ces faux médecins ne donnent jamais d'adresse. J'invite les populations à fuir ces types de sauveurs universels qui n'ont pas de local fixe, de familles identifiables là où ils exercent. Moi qui vous parle, tout le monde sait où j'habite à Mbacké, par exemple. Je suis à Mbacké-Escale tout près de la voie ferrée. Mes parents sont connus de tous. Si je fais des dégâts, vous saurez où me trouver. Les plantes que j'utilise (Reba reub, tiékér etc...) sont celles que tout le monde connaît même si dans les mélanges, il y a des secrets personnels.
Dakaractu-Touba : Une petite comparaison entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle.
Nous ne devrions pas les comparer. Moi qui vous parle, je ne me suis jamais soigné dans un hôpital. Je ne suis même pas né dans un établissement public médical et pourtant je suis bien portant. Je pense que les deux médecines devraient se compléter. Je plaide même pour que dans les hôpitaux l'on affecte des médecins traditionnels dont les expertises sont avérées. Encore une fois, il ya des maladies dont la médecine moderne ignore les traitements. Et d'ailleurs, en plus des traitements, le patient a parfois besoin de prières, de pratiques mystiques, que vous le vouliez ou non...
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